Mattia Filice retrace dans son premier roman, Mécano, son parcours initiatique de conducteur de train. Une plongée poétique dans son apprentissage, la découverte de la culture et du vocabulaire cheminot, l’enchaînement des nuits et la fatigue des horaires décalés, la tension entre le respect absolu des consignes et l’initiative humaine au moment où la débrouille s’impose.
« Le signal concerne une autre voie
mais avec la courbe
j’ai été induit en erreur
Gérard connaît toutes les sinuosités
de la Terre
On n’arrête pas un train de mille huit cents tonnes
comme on arrête une voiture
la distance de freinage dépend de l’énergie cinétique*
Ec=mv²/2
train masse 1800 tonnes fois vitesse 100km/h
égal 25 millions de joules
Prenons une Majorette propulsée
contre un mur
autour de 90 joules
En conclusion
il faut près de 1000 mètres pour nous arrêter
mission impossible si les deux rouges arrivent sans sommation
Développant ces pensées
j’observe mon cerveau comme un corps étranger »
Mattia Filice, Mécano, Folio, p. 62
Un ouvrage qui n’est pas sans rappeler les nombreux travaux menés sur les conducteurs de train, il y en a eu beaucoup ! Yves Clot, par exemple, s’est intéressé au KVB, un système de contrôle des vitesses par balise mis en place dans les années 90 à la suite d’une série d’accidents graves à la SNCF. C’est ce système qui créé la situation des « deux rouges » dont parle l’auteur dans l’extrait.
Le KVB, qui stoppe automatiquement les trains en cas de vitesse excessive, pose un dilemme aux conducteurs, notamment en banlieue parisienne où le trafic est dense et où tout l’enjeu est de ne pas créer de retard. Les études ont montré comment les conducteurs étaient alors pris dans un conflit de critères entre régularité du trafic et sécurité des trains.